Chers lecteurs, je devrais vous parler de mon état de santé (qui s’arrange lentement mais sûrement, merci), mais seules les platitudes s’enchaînent sur mon brouillon. Ne pouvant vous priver de lecture plus longtemps, j’ai décidé de vous parler de cinéma, et plus particulièrement de ces films que l’on a déjà vus, il y a quelques années, et dont on garde un bon souvenir… jusqu’au jour où, heureux et nostalgique, on trouve le DVD soldé de l’un de ces grands chefs-d’œuvre et – réaction humaine, mais stupide – on l’achète et, pire, on le regarde.
Avant tout, un peu de révisions… qu’est-ce que la cristallisation? Eh oui, mon blog fait aussi cahier de vacances, n’est-ce pas formidable? Ce terme a été utilisé dans son sens littéraire par Stendhal et décrit le sentiment amoureux généré par l’imaginaire. Si je me rappelle bien de mes cours de lycée, cette cristallisation implique également qu’en l’absence de l’être aimé, on amplifie ses qualités et qu’on finisse par en avoir une image plus parfaite que sa réalité. Vous voyez où je veux en venir, n’est-ce pas?
Combien de films avons-nous revus pour finalement nous dire “tiens, ça a mal vieilli”, ou encore “mouais, ça passait parce que j’avais 8 ans”? Sachez que ce sentiment n’est rien, non rien, à côté de la consternation qu’a provoqué en moi un nouveau visionnage de Sailor et Lula (Wild at heart), Palme d’Or 1990 de David Lynch (bien que cela me conforte dans mon rejet assez généralisé de tout ce qui est primé à Cannes). Et question consternation, mes camarades d’infortunes – ceux à qui j’ai vanté les mérites de l’œuvre – n’étaient pas en reste…
Très honnêtement, je ne comprends toujours pas pourquoi ce film a pu me plaire jadis… j’avais en tête en road movie violent et romantique, légèrement barré mais bien interprété, et comme il se doit original, aux légers accents de ciné indépendant sous acides sur une BO métal. 15 ans après cette brillante première impression ne subsiste que l’original, et non, ce n’est pas toujours une qualité! Et les acides, oui, ça je pense qu’il avait un fort bon filon! Question métal, “Slaughterhouse”, chanson récurrente du film, accuse mal le poids des ans… Alors comment décrire ce naufrage cinématographique…?
L’histoire en elle-même est assez difficile à décrire dans la mesure où elle semble n’avoir été qu’un prétexte à une succession de scènes rocambolesques et – dans l’esprit du réalisateur – foutrement esthétiques (sic…). Sailor aime Lula mais la maman de Lula ne veut pas que sa fille fréquente Sailor, encore moins après qu’il ait fracassé un crâne à mains nues lors d’une réception chez l’ambassadeur Ferrero, après que môman l’ait chauffé dans les toilettes. La marâtre met alors ses meilleurs limiers sur le coup pour retrouver le couple en cavale et dézinguer son bad boy de beau-fils en bonne et due forme. Comment ça, c’est déjà bidon?
Les références au magicien d’Oz – plus spécifiquement à ses sorcières – se retrouvent tout au long du film. La sorcière de l’ouest qui suit le cabriolet des amants maudits sur le bord de la route au milieu de la nuit vaut son pesant de cacahuètes. Je ne vous parle même pas de l’arrivée de la fée Glenda en fin de film (juste après ma sieste, en fait). Les routes poussiéreuses du sud des Etats-Unis deviennent de briques jaunes – c’est si romantique!
De toute évidence, David Lynch avait reçu pour Noël un kit de filtres pour sa caméra et les a utilisés à tort et à travers, donnant à son film cette petite patte “arts et essais” tellement gonflante pour le spectateur lambda. Trop d’effet tue l’effet, et une scène qui se retrouve d’un coup d’un seul toute bleue ou rose n’apporte rien à la narration.
Je passerai sur les nombreuses atrocités visuelles qui ont rythmé notre soirée DVD, mais s’il ne faut en citer qu’une, je tiens à parler de la relation fusionnelle de la mère de Lula avec son tube de rouge à lèvres – rose prostituée de l’Arkansas 1988: cette brave dame n’a en effet rien trouvé de mieux pour exprimer les moult tourments de son âme que de s’écraser à plusieurs reprises le bâton dans la tronche, jusqu’à se retrouver entièrement peinturlurée au paroxysme de son agonie mentale, dans des scènes au ridicule aussi croissant que la qualité de son look qui ferait passer Dolly Parton pour une lady.
Pour finir, on peut parler de la grande qualité des dialogues et de leur cohérence dans leur contexte. Par exemple, lorsque Lula se sent d’humeur “confidences sur l’oreiller”, elle parle de son cousin psychotique dont la vie dégradante enchaînait les non-sens, jusqu’à sa disparition inexpliquée. Voit-on le cousin dans le film? Non. Cette tirade a-t-elle un rapport avec ce qui a pu être dit avant ou après? Nullement. Ça doit être ça, l’art. La palme de la meilleure phrase du film revient toutefois à “Wouf wouf, je suis un chien”. Exceptionnel, vous-dis-je!
C’est avec plaisir que je vous parlerais de la dernière demi-heure – très probablement la meilleure, et vous gâcherais la découverte de grands moments, si seulement mon cerveau n’avait pas grillé quelques connexions à force de dépit et ne m’avait poussée à somnoler… Dingue, les réflexes de protection de l’organisme humain, merci pour la self-défense! De fait, je dois laisser planer un peu de mystère pour les intrépides aventureux qui voudraient tester leurs limites et vous laisserai donc le soin de découvrir vous-même le climax du film, l’importance d’Elvis pour l’ami Sailor, les bodies so 90’s de Lula et le sens profond et forcément métaphysique du film.
Votre meilleur ami vous a piqué votre copine? Vous organisez le pot de départ d’un collègue qui vous a pourri l’existence? Vous aimeriez leur offrir un bon-cadeau pour un lavement baryté mais estimez ce sort trop doux? Ne cherchez plus, votre cadeau empoisonné est tout trouvé. Si vraiment on vous a fait des crasses, sachez qu’il existe une édition collector double DVD avec livre de 80 pages.
Vous avez trouvé cet article indigeste et laborieux? C’est normal, comme le film. Mais je me dois de reconnaître à Sailor et Lula un indéniable potentiel comique tant on s’est marrés comme des baleines devant ce film. Rire nerveux, certes, mais rire tout de même. Bon, maintenant, je vais vous laisser méditer sur le concept de cristallisation et vous invite à bien réfléchir avant d’exploiter le filon nostalgie… c’est pas tout ça, mais moi maintenant, je dois aller chez Lidl me racheter de nouveaux amis!

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