Calen­drier

July 2009
M T W T F S S
« Jun   Aug »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Archives

Add to Technorati Favorites
blogCloud
Mon gras et moi
Recom­mandé par des Influen­ceurs


Cris­tal­li­sa­tion et cinéma

Chers lec­teurs, je devrais vous par­ler de mon état de santé (qui s’arrange len­te­ment mais sûre­ment, merci), mais seules les pla­ti­tudes s’enchaînent sur mon brouillon. Ne pou­vant vous pri­ver de lec­ture plus long­temps, j’ai décidé de vous par­ler de , et plus par­ti­cu­liè­re­ment de ces films que l’on a déjà vus, il y a quelques années, et dont on garde un bon sou­ve­nir… jusqu’au jour où, heu­reux et nos­tal­gique, on trouve le DVD soldé de l’un de ces grands chefs-d’œuvre et — réac­tion humaine, mais stu­pide — on l’achète et, pire, on le regarde.

Avant tout, un peu de révi­sions… qu’est-ce que la cris­tal­li­sa­tion? Eh oui, mon blog fait aussi cahier de vacances, n’est-ce pas for­mi­dable? Ce terme a été uti­lisé dans son sens lit­té­raire par Sten­dhal et décrit le sen­ti­ment amou­reux généré par l’imaginaire. Si je me rap­pelle bien de mes cours de lycée, cette cris­tal­li­sa­tion implique éga­le­ment qu’en l’absence de l’être aimé, on ampli­fie ses qua­li­tés et qu’on finisse par en avoir une image plus par­faite que sa réa­lité. Vous voyez où je veux en venir, n’est-ce pas?

Com­bien de films avons-nous revus pour fina­le­ment nous dire “tiens, ça a mal vieilli”, ou encore “mouais, ça pas­sait parce que j’avais 8 ans”? Sachez que ce sen­ti­ment n’est rien, non rien, à côté de la conster­na­tion qu’a pro­vo­qué en moi un nou­veau vision­nage de Sai­lor et Lula (Wild at heart), Palme d’Or 1990 de David Lynch (bien que cela me conforte dans mon rejet assez géné­ra­lisé de tout ce qui est primé à Cannes). Et ques­tion conster­na­tion, mes cama­rades d’infortunes — ceux à qui j’ai vanté les mérites de l’œuvre — n’étaient pas en reste…

Très hon­nê­te­ment, je ne com­prends tou­jours pas pour­quoi ce film a pu me plaire jadis… j’avais en tête en road movie violent et roman­tique, légè­re­ment barré mais bien inter­prété, et comme il se doit ori­gi­nal, aux légers accents de ciné indé­pen­dant sous acides sur une BO . 15 ans après cette brillante pre­mière impres­sion ne sub­siste que l’original, et non, ce n’est pas tou­jours une qua­lité! Et les acides, oui, ça je pense qu’il avait un fort bon filon! Ques­tion , “Slaugh­te­rhouse”, chan­son récur­rente du film, accuse mal le poids des ans… Alors com­ment décrire ce nau­frage cinématographique…?

L’histoire en elle-même est assez dif­fi­cile à décrire dans la mesure où elle semble n’avoir été qu’un pré­texte à une suc­ces­sion de scènes rocam­bo­lesques et — dans l’esprit du réa­li­sa­teur — fou­tre­ment esthé­tiques (sic…). Sai­lor aime Lula mais la maman de Lula ne veut pas que sa fille fré­quente Sai­lor, encore moins après qu’il ait fra­cassé un crâne à mains nues lors d’une récep­tion chez l’ambassadeur Fer­rero, après que môman l’ait chauffé dans les toi­lettes. La marâtre met alors ses meilleurs limiers sur le coup pour retrou­ver le couple en cavale et dézin­guer son bad boy de beau-fils en bonne et due forme. Com­ment ça, c’est déjà bidon?

Les réfé­rences au magi­cien d’Oz — plus spé­ci­fi­que­ment à ses sor­cières — se retrouvent tout au long du film. La sor­cière de l’ouest qui suit le cabrio­let des amants mau­dits sur le bord de la route au milieu de la nuit vaut son pesant de caca­huètes. Je ne vous parle même pas de l’arrivée de la fée Glenda en fin de film (juste après ma sieste, en fait). Les routes pous­sié­reuses du sud des Etats-Unis deviennent de briques jaunes — c’est si romantique!

De toute évi­dence, David Lynch avait reçu pour Noël un kit de filtres pour sa caméra et les a uti­li­sés à tort et à tra­vers, don­nant à son film cette petite patte “arts et essais” tel­le­ment gon­flante pour le spec­ta­teur lambda. Trop d’effet tue l’effet, et une scène qui se retrouve d’un coup d’un seul toute bleue ou rose n’apporte rien à la narration.

Je pas­se­rai sur les nom­breuses atro­ci­tés visuelles qui ont rythmé notre soi­rée DVD, mais s’il ne faut en citer qu’une, je tiens à par­ler de la rela­tion fusion­nelle de la mère de Lula avec son tube de rouge à lèvres — rose pros­ti­tuée de l’Arkansas 1988: cette brave dame n’a en effet rien trouvé de mieux pour expri­mer les moult tour­ments de son âme que de s’écraser à plu­sieurs reprises le bâton dans la tronche, jusqu’à se retrou­ver entiè­re­ment pein­tur­lu­rée au paroxysme de son ago­nie men­tale, dans des scènes au ridi­cule aussi crois­sant que la qua­lité de son look qui ferait pas­ser Dolly Par­ton pour une lady.

Pour finir, on peut par­ler de la grande qua­lité des dia­logues et de leur cohé­rence dans leur contexte. Par exemple, lorsque Lula se sent d’humeur “confi­dences sur l’oreiller”, elle parle de son cou­sin psy­cho­tique dont la vie dégra­dante enchaî­nait les non-sens, jusqu’à sa dis­pa­ri­tion inex­pli­quée. Voit-on le cou­sin dans le film? Non. Cette tirade a-t-elle un rap­port avec ce qui a pu être dit avant ou après? Nul­le­ment. Ça doit être ça, l’art. La palme de la meilleure phrase du film revient tou­te­fois à “Wouf wouf, je suis un chien”. Excep­tion­nel, vous-dis-je!

C’est avec plai­sir que je vous par­le­rais de la der­nière demi-heure — très pro­ba­ble­ment la meilleure, et vous gâche­rais la décou­verte de grands moments, si seule­ment mon cer­veau n’avait pas grillé quelques connexions à force de dépit et ne m’avait pous­sée à som­no­ler… Dingue, les réflexes de pro­tec­tion de l’organisme humain, merci pour la self-défense! De fait, je dois lais­ser pla­ner un peu de mys­tère pour les intré­pides aven­tu­reux qui vou­draient tes­ter leurs limites et vous lais­se­rai donc le soin de décou­vrir vous-même le cli­max du film, l’importance d’Elvis pour l’ami Sai­lor, les bodies so 90’s de Lula et le sens pro­fond et for­cé­ment méta­phy­sique du film.

Votre meilleur ami vous a piqué votre copine? Vous orga­ni­sez le pot de départ d’un col­lègue qui vous a pourri l’existence? Vous aime­riez leur offrir un bon-cadeau pour un lave­ment baryté mais esti­mez ce sort trop doux? Ne cher­chez plus, votre cadeau empoi­sonné est tout trouvé. Si vrai­ment on vous a fait des crasses, sachez qu’il existe une édi­tion col­lec­tor double DVD avec livre de 80 pages.

Vous avez trouvé cet article indi­geste et labo­rieux? C’est nor­mal, comme le film. Mais je me dois de recon­naître à Sai­lor et Lula un indé­niable poten­tiel comique tant on s’est mar­rés comme des baleines devant ce film. Rire ner­veux, certes, mais rire tout de même. Bon, main­te­nant, je vais vous lais­ser médi­ter sur le concept de cris­tal­li­sa­tion et vous invite à bien réflé­chir avant d’exploiter le filon nos­tal­gie… c’est pas tout ça, mais moi main­te­nant, je dois aller chez Lidl me rache­ter de nou­veaux amis!

  • Share/Bookmark

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>