… ou quand celle qui se croyait supé­rieure réa­lise qu’elle ne dif­fère guère des masses qu’elle cri­tique. Votre dévouée se sent d’humeur psycho-anthropo de comp­toir, aujourd’hui. C’est fou comme une fois qu’on ouvre les vannes de l’autocritique, on en devient intarissable.

C’est bien connu, un can­cer change la vision des choses, de la vie, des valeurs et bla­bla­bla et bla­bla­bla. Quelque part, c’est vrai. Ça n’empêche cepen­dant pas de se poser moult ques­tions sur soi et son rap­port à soi-même. Il n’y a pas que des len­de­mains qui chantent à la pers­pec­tive d’une gué­ri­son, il y a par­fois aussi une remise en ques­tion d’un impor­tant nombre de choses. Pas plus mal, me direz-vous.

Alors voilà en gros ma pen­sée du jour: moi qui fus­tige à la moindre occa­sion la futi­lité de mes sem­blables qui construisent leur monde (de châ­teaux de cartes) autour de leur paraître et de la per­cep­tion qu’autrui en aura, eh bien… je ne vaux pas mieux. Oui, la petite prin­cesse trop sou­vent suf­fi­sante des­cend d’une marche de son esca­beau de la gloire © .

OK, on pourra me trou­ver des cir­cons­tances atté­nuantes, le fond du pro­blème n’en est pas moins le même: je pars du prin­cipe qu’on me juge et qu’on m’attribue ma place dans la société, au moins par­tiel­le­ment, à tra­vers mon appa­rence phy­sique (ou — je viens de la trou­ver, ça me plaît: — mes signes exté­rieurs d’humanité).

Et là blesse le bât, fina­le­ment. Car j’ai beau faire la fière, fan­fa­ron­ner que tout va bien et que oui-oui-je-gère, je n’en suis pas moins chauve et mono­ni­bard (oh je suis en forme, ques­tion néo­lo­gismes bar­bares!). Com­ment peut-on être à la fois décem­ment intel­li­gent et pour­tant en arri­ver à se dire qu’avec un phy­sique trop défaillant, on n’est plus ou moins plus rien, plus per­sonne? Par quel per­vers pro­cédé la rai­son est-elle éclip­sée de notre per­cep­tion de nous-même au point d’en arri­ver à la plus crasse des super­fi­cia­li­tés? Mystère…

Dieu sait pour­tant que je ne me suis jamais aimée ni même vrai­ment tolé­rée phy­si­que­ment (et ça,voyez-vous, mon corps me le rend bien… karma is a bitch, j’arrête pas de le dire!). Mais aussi ingrate qu’on puisse trou­ver son appa­rence, on peut tou­cher à une cer­taine norme en étant au moins “com­plet”. Grosse, certes, jugée sur mon poids, assu­ré­ment, mais bor­del, plus ou moins normale.

Quoi que j’en dise, j’ai tou­jours eu peur du regard des autres, des incon­nus et plus encore des gens que j’aime. Mais là, c’est fran­che­ment le pom­pon. Com­ment peut-on se sen­tir à ce point incom­plet et anor­mal par manque d’un ou deux attri­buts fémi­nins (humains, a for­tiori), d’autant plus que leur absence est somme toute bien planquée?

Je ne sais pas si je trou­ve­rai des réponses à ces ques­tions. Cette énu­mé­ra­tion de ques­tions sans réponse me rap­pelle mes cours de philo du lycée où la ques­tion sem­blait une fin en soi (mes­sage des phi­lo­sophes: j’ouvre la porte, main­te­nant démerdez-vous). A la dif­fé­rence près que ma pen­sée du jour est plus tri­viale que pro­fonde et que le sens du monde ne s’en verra pas chamboulé.

Je ne sais pas quel serait l’opinion d’autres filles / femmes dans mon cas. J’ai lu que 70% des opé­rées ne sou­hai­tait pas béné­fi­cier d’une recons­truc­tion. C’est que quelque part, elles doivent vivre cet état mieux que moi. Perso, j’ai plus l’impression de vivo­ter en atten­dant de retrou­ver une appa­rence qui me convien­dra mieux. Je vais sûre­ment accep­ter au fur et à mesure, m’y faire, comme je me suis faite à l’idée de la mala­die, ce qui m’a per­mis de l’appréhender et à pré­sent de lui faire sa fête (j’aurai le der­nier mot,soyez-en sûrs). Main­te­nant que j’ai par­tagé ce meeer­veilleux éta­lage de psy­cho de bazar, je me sens déjà mieux et vous pro­met un billet plus guille­ret très prochainement.

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