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Mon gras et moi
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Mais au bout du compte, on se rend compte…

Qu’on est tou­jours tout seul au monde. Diantre, la chan­son fran­çaise sait enfon­cer des portes ouvertes quand l’envie lui en prend… Cela dit, c’est joli­ment dit, et c’est on ne peut plus vrai, alors pour­quoi cher­cher à refor­mu­ler ce qui est déjà lim­pide? Oui, OK, j’avoue, c’est assez mal parti pour le billet guille­ret que je vous avais pro­mis il y a un temps déjà. Rassurez-vous, mes coups de mou ne durent jamais bien longtemps.

Je pour­rais m’étendre sur ce sujet concer­nant la vie pri­vée; les amis, le conjoint, la famille, mais c’est fina­le­ment assez dif­fé­rent et les proches, eux, ne sont pas à blâ­mer de cet état de fait. Non, là, j’ai comme une envie de me fâcher contre le corps médi­cal (et quand je dis corps médi­cal, je ne parle pas de Bran­don, aide soi­gnant le jour, Chip­pen­dale la nuit, bande de tartes…). Non, je parle des méde­cins qui ont raté l’UV “rela­tions humaines” (ah, cette UV n’existe pas? Oh ben vous m’en direz tant!).

Je pense que la plu­part des gens qui ont, ou ont eu, quelques tra­cas­se­ries médi­cales un peu plus pous­sées que le rhume des foins savent déjà de quoi je parle. Si l’on peut trou­ver , conseils et même par­fois récon­fort auprès des infir­mières, mani­pu­la­teurs et assis­tantes, les méde­cins eux-mêmes, dès lors qu’ils exercent une spé­cia­lité, allez savoir pour­quoi, ont ten­dance à oublier qu’ils ont face à eux des gens et non pas des sub­sti­tuts de 4×4 à qui il suf­fi­rait de chan­ger les bielles.

Dieu sait que je ne suis pour­tant pas la plus mal lotie… mon onco­logue comme mon chi­rur­gien sont dans le haut du panier de la com­mu­ni­ca­tion — autant dire que je com­pa­tis sin­cè­re­ment avec ceux dont les doc­teurs sont d’authentiques autistes dès lors qu’on leur retire leurs jouets (résul­tats d’analyses, radios, feuilles d’ordonnance…) des mains. Je ne dis pas que les gens qui nous sauvent la vie doivent écou­ter nos états d’âme mais, par contre, s’ils pou­vaient por­ter un tan­ti­net d’attention aux ques­tions que l’on peut se poser sur l’évolution de la mala­die, les effets secon­daires ou encore les suites pos­sibles, ma foi je trou­ve­rais ça plu­tôt sympa — pour ne pas dire un minimum.

Cette impres­sion per­sis­tante et crois­sante que la est un busi­ness et les malades des sta­tis­tiques est sérieu­se­ment déran­geante, pour ne pas dire dépri­mante. Quand on sait qu’un spé­cia­liste peut tra­vailler dans 3 ou 4 hôpi­taux dif­fé­rents, on ne s’étonne guère de son manque de dis­po­ni­bi­lité. On ne s’étonne même presque pas qu’il se plante dans les dos­siers, comme le jour où l’on m’a annoncé que suite à l’opération, les ana­lyses avaient révélé que quatre gan­glions pré­le­vés étaient “atteints”.

N’ayant pas le papier sous la main et voyant mon éton­ne­ment car mon chi­rur­gien m’avait dit le contraire pas plus tard que la veille, mon onco­logue a avoué que les rap­ports n’étaient pas tapés et qu’il pou­vait se trom­per… Vu l’importance de l’information, c’est limite. Mais ce qui l’est encore plus, c’est de res­ter dans le doute pen­dant 10 jours avant d’avoir une réponse claire! OK, la secré­taire qui tape les rap­ports était absente. Aurait-ce été si dif­fi­cile de trou­ver un moyen de véri­fier dans le dic­ta­phone plus rapi­de­ment que cela?

Je ne parle même pas de ceux qui se barrent alors qu’on leur parle, lais­sant leur assis­tante répondre à leur place. Sans dire au revoir, s’il-vous-plaît. Je ne parle pas non plus des réponses éva­sives, de la dif­fi­culté à les joindre si un pro­blème se pré­sente, de leur manière d’éluder par un “ça va bien se pas­ser” creux, main sur l’épaule, alors qu’on a posé une ques­tion simple appe­lant une réponse en appa­rence simple. Pas non plus des méde­cins over­boo­kés qui nous lancent un “Bon­jour, qu’est-ce que vous faites là?” le jour de notre rendez-vous.

Alors on se sent seul, très seul face à la mala­die, avec nos inquié­tudes et nos doutes, qui pour­raient pour­tant être sérieu­se­ment mino­rés par une impli­ca­tion un peu plus forte des méde­cins. Si l’on n’avait pas l’impression de n’être qu’un cas parmi d’autres (ce que l’on est, somme toute, et mal­gré mes cri­tiques, je n’en suis pas moins recon­nais­sante pour la par­tie pure­ment médi­cale qui est fort bien prise en main), les trai­te­ments et la gué­ri­son pour­raient mieux se pas­ser pour nombre de patients.

En fait, tant qu’à n’en avoir rien à car­rer de l’humain qui se terre der­rière le diag­nos­tic, je pré­fé­re­rais que les méde­cins n’en aient ouver­te­ment rien à foutre, cyniques façon Dr House, au lieu de faire montre de ce tié­dasse inté­rêt simulé. Ça a le mérite de l’honnêteté à défaut de celui de la bienséance.

Je ne blâme per­sonne en par­ti­cu­lier car ainsi va le sys­tème et les excep­tions sont mino­ri­taires. Mais alors vers qui se tour­ner quand on s’inquiète, qu’on a peur ou qu’on souffre phy­si­que­ment? Cer­tai­ne­ment pas vers un psy, tout cela n’est que dom­mage col­la­té­ral de la mala­die et de ses trai­te­ments. Les proches peuvent écou­ter, mais abso­lu­ment pas répondre, ni même d’ailleurs se mettre à notre place, et face à eux, on se sent encore plus seul car le fait qu’ils nous aiment ren­force leur impuis­sance (mais c’est un autre débat).

Alors on rumine et on reste face à soi-même, en cher­chant la force en soi mal­gré les doutes car tout ceci ne fait que confir­mer que la gué­ri­son est en nous et que cette hargne face au silence doit être chan­gée en éner­gie posi­tive pour se battre sans se trom­per de cible. Ce n’est pas mon doc­teur qui doit gué­rir, c’est moi, et je compte bien y arri­ver, seule ou accom­pa­gnée. Et vogue la galère…

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